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Transmutation


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A ma naissance, on m’a appelée Blandine Pacifique. Je ne me suis jamais vraiment posé de questions sur mon prénom. Surtout Blandine. Pacifique, je comprenais bien le sens, qui a toujours été pour moi la paix et moins l’océan. J’aime aussi la fantaisie de ce prénom. Je ne me suis pas non plus posé la question du pourquoi est-ce que des parents du ventre de l’Afrique ont appelé leur enfant Blandine. Les autres se posaient plus la question que moi.

Pourtant, j’en suis venue à m’intéresser à ce prénom. Parfois on dit que nous avons le « destin » de notre prénom. J’appris donc qu’il existe une Sainte Blandine, la Sainte de la ville de Lyon, célébrée la 2 juin, un mois tout juste après mon anniversaire. Je connais peu la Bible, les seuls Saints que je connaisse sont les rock stars de la Bible, ceux que tu connais sans même faire exprès.

Sainte Blandine incarne le courage, la détermination et la foi absolus. Discriminée parce que chrétienne, elle fut livrée aux bêtes, notamment aux lions, qui refusèrent de la manger. Elle fut alors torturée et égorgée. Durant cet enfer, elle n’a cessé de prier et diriger son regard vers le divin. Son courage et sa force émurent le peuple spectateur dans l’arène de Lyon.

Mon histoire est en quelque sorte empreinte de la sienne. A l’âge de 12 ans, discriminée parce que d’une ethnie à décimer, j’ai prié si fort que j’étais prête à mourir. J’attendais mes bourreaux emplie de paix, seuls eux avaient le pouvoir de m’ouvrir la porte du ciel. Ils sont venus et m’ont laissée dans l’enfer.

Je suis si reconnaissante de porter ce prénom, il incarne tout ce dont j’ai besoin sur mon chemin. Sainte Blandine fait désormais partie de mes « guides ».

« Mon époque est celle-ci, ici et maintenant, c’est bel et bien là que je peux trans-muter »

Je m’empare de son courage, de mon courage et détermination pour aborder la vie différemment. Je suis arrivée au bout d’un système, épuisée, l’ombre de moi-même. Il n’y a que deux choix comme souvent dans cette vie. Vivre ou mourir, Il en faut peu pour mourir ici-bas. Beaucoup sont morts-vivants. De mort-vivante, je voulais vivre une bonne fois pour toutes. Faire honneur consciemment à cette incarnation terrestre. Seulement, malgré mon âge plutôt jeune, certaines pièces de ma machine sont obsolètes, je nécessite une révision et une reprogrammation complètes pour affronter une nouvelle mise en orbite.

Une transmutation ! Le mot est si fort ! La première fois que je l’ai dit, je me suis reprise, j’ai pensé que ce mot était trop fort pour ce que je voulais exprimer. Je l’ai remplacé par « transformation ». Mais au fond de moi, cela ne sonnait pas juste. J’ai repris le mot « transmutation » parce qu’il exprime parfaitement ce que je vis-ressens en ce moment. Bien plus que des transformations, ce sont des bouleversements, comme si certaines de mes cellules avaient muté. L’image du feu, l’élément de la transformation – transmutation, me vient souvent à l’esprit quand j’y pense.

Ma plus grande gratitude dans cette période est d’être née à la bonne époque. Souvent quand on demande aux gens à quelle période ils auraient voulu être nés, la réponse se situe plutôt dans le passé, dans les années 60 ou 70 en pleine révolution sexuelle, le rock n’roll et autres souvenirs et fantasmes que nous avons de ce temps-là.
Pour ma part, mon époque est celle-ci, ici et maintenant, c’est bel et bien là que je peux trans-muter.

Je suis née dans un corps de femme et je ne me sens pas femme. Je ne me reconnais dans aucune femme. C’est quoi une femme ?
J’ai eu la merveilleuse expérience de porter un enfant et de lui donner la vie. C’est un miracle ! « Nous », les femmes faisons des miracles. La maternité ne m’a pas donné le sentiment d’être plus femme, mais elle a fait de moi une mère. Je suis une mère.
Le sexe qui m’a été donné, j’y suis bien incarnée, je ne voudrai pas en changer. Je ne suis pas un homme non plus. « Je suis ».

« Rien n’arrive qu’aux autres »

Ma réflexion sur l’identité a commencé par là. A accepter qu’il n’y avait pas de réponse à tout et s’accepter ainsi. Accepter de juste « être ». Et comment fait-on pour être ? Juste être ? Exister en tant que soi ? Chercher, se chercher avec un curseur, avec un baromètre pour sentir, creuser si nécessaire, bouger et casser des choses de l’ordre établi pour trouver les essences qui font que l’on se sent « être », être soi et accepter. Pendant que je creusais, bougeais et cassais des
choses pour trouver des indices à l’« être », je suivais une formation de Yoga. Le Yoga, ça ne pardonne pas, c’est la pelle pour creuser et les choses bougent d’elles-mêmes tant cet enseignement est fort. On se retrouve nu face à notre vérité aussi belle ou moche soit-elle. Des moments merveilleusement douloureux, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

En plus du Yoga, d’autres corps de métiers m’ont accompagnée dans ce processus de creusage. On ne creuse pas comme ça ! Il faut bien plus qu’une pelle et une paire de bras. Il y a celle qui creuse (moi), il y a celle-celui qui nettoie, il y a celle-celui qui pose les poutres pour soutenir la galerie, il y a celle-celui qui fournit l’oxygène à partir d’une certaine profondeur, il y a celle-celui qui masse et soigne celle qui creuse, il y a celle celui qui alimente en amour. Il y a du monde pour creuser !

En creusant, j’ai découvert mes racines, mes racines oubliées, mon essence. Mes racines longues et larges qui s’entremêlent au fond de la Terre, certaines ayant des cicatrices datant des temps de guerre. Malgré cela, ces racines, mes racines sont si vivantes, fraîches et si anciennes à la fois, mystérieuses et fortes.

Le chemin de la trans-mutation est sinueux et tourmenté, comparable aux routes caillouteuses du désert, aux montagnes russes et à une machine à laver à l’essorage. Tout va vite, tourne et retourne l’estomac. Il n’y a aucune prise sur laquelle se tenir, il n’y a pas de ceinture de sécurité non plus. La consigne c’est de suivre le flow, aussi balloté que l’on soit, il ne faut se raccrocher à rien, « juste » suivre le mouvement.

J’en ai perdu mes cheveux ! D’abord sur une petite surface qui a grandi si vite sans que je m’en aperçoive. Ce fut un choc en soi. On ne ressort donc pas indemne d’une machine à laver ?

J’ai pourtant de l’endurance sur les routes sinueuses. Une vraie 4×4. Mais cette route-là m’a abîmé le capot. La première chose qui m’est venue était d’accepter que mes cheveux ne repoussent jamais. D’aimer ce trou lisse sur ma tête. J’ai pensé à toutes les personnes qui perdent leurs cheveux à cause d’une maladie, d’un traitement ou d’un choc. Rien n’arrive qu’aux autres.

J’ai passé tellement d’années la tête rasée, parce que c’est beau, que ça me va bien et que c’est cool. Perdre les cheveux quand ce n’est pas un choix, c’est une mise à nu forcée qui procure un sentiment d’impuissance.

Des cheveux, une chose si banale en temps normal, mais grands marqueurs de notre identité. Des spécialistes de la médecine moderne et naturelle ont souri à ma mésaventure et m’ont dit « tu mues ». Les émotions du voyage sortent et emportent quelques cheveux au passage.

J’ai continué mon chemin et j’ai demandé à mon entourage de ne dire que des choses positives sur ce trou. Avec surprise et gratitude, mes cheveux repoussent, se renouvèlent, reprennent de la couleur.

La route continue et je suis avertie, le désert se pare d’oasis, l’essorage continue et je suis au sommet des montagnes russes, de-là, j’aperçois la descente qui m’attend. De quoi peut-être crever un pneu mais je suis bien équipée.

Je suis, Blandine Pacifique, courage, détermination, foi, paix, plus encore et rien à la fois.

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  1. J’ai adoré te lire … je me suis retrouvée, j’ai ri et j’ai été touchée par ton histoire. Je suis surtout ravie de faire un bout de route dans le dessert et quelques aller-retour sur la montagne russe avec toi … d’ailleurs dès le mois octobre nous allons intégrer une machine à laver commune 😉 … Vivement !! Toute ma gratitude et mon respect pour ton partage et tes réflexions !

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