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Seigneur !

Oui !

Je l’appelle souvent, à tout va ! C’est un peu mon gros mot, je ne sais pas vraiment d’où cela me vient !

Un peu voyeur, notre Seigneur voit tout, c’est en tout cas sa réputation. Telles les caméras et mouchards, en plus puissant et mystérieux, il observe nos pensées fertiles, nos rires de joie, nos tentatives de rebâtir son monde, nos passions et bonheur, mais aussi l’espoir déchu.

L’espoir, « Il n’y a pas d’espoir ». Il y a quelques années, j’ai eu cette révélation en lisant un livre de Pema Chödrön. Ces mots ont eu une résonnance d’une justesse absolue dans mon cœur. Pour la première fois quelqu’un me disait la vérité sur la vie et le sens des choses. Une vérité nue qui ramène tout au présent et sans langue de bois. Tu es dans la merde, oui, tu y es, les deux pieds dedans, savoure-le car il n’y a pas d’espoir. C’est magique ! Aussi étonnant qu’il puisse paraître, la vie sans espoir ne perd pas de sa lumière, au contraire, ces moments de non-espoir deviennent si vivants que leur obscurité se transforme en lumière. Le meilleur étant que la pratique du non-espoir nous fait plus vite sortir de la merde que l’espoir ! Si j’avais su ! Si j’avais su, j’aurais moins espéré et me serai embourbée moins longtemps.

« Tout passe, y compris le bonheur »

Tout cela m’a fait me pencher sur le verbe « espérer », un compagnon du quotidien. L’espoir est la réponse à beaucoup. Nous parlons toujours dans l’espoir de quelque chose, d’une vie meilleure, d’une mort sans souffrance. Nous espérons toujours pour nous-mêmes et pour les autres, nous espérons à tout va. Nous espérons tant, que la réelle intention de l’espoir en disparaît. Nous espérons, comme nous respirons, machinalement. Nous avons rendu l’espoir responsable de nos vies. Mais que devient l’espérance sans l’intention qui va avec ?

Ce verbe est si ancré dans notre langage qu’il en devient difficile de le supprimer sans passer pour quelqu’un de cruel et sans empathie. Comment dire à un être de surtout bien savourer sa souffrance parce qu’elle est transformatrice et porteuse de lumière et que cela aussi finira par passer, comme tout, y compris le bonheur. Essayez un jour de passer une journée sans placer le verbe « espérer » dans vos conversations, c’est intéressant !

« Oui, mais l’espoir fait vivre le monde ! » Je ne sais pas, c’est ce que l’on dit. Le monde serait-il pire sans espoir ? A vérifier.

Il y a un peu plus d’un an, ma fille était malade, elle était fiévreuse et nous nous sommes rendues aux urgences. Elle avait 40 de fièvre et les choses sont allées très vite dans ma tête. Ma réaction immédiate a été de la féliciter car ce n’est pas souvent qu’on a l’occasion d’avoir une température aussi élevée. En attendant le médecin et ne sachant pas ce qu’elle avait, je me suis dit soit, tu paniques, soit tu rends l’espoir responsable de ce qui va arriver. Ce fut une occasion de plus d’expérimenter la voie du non-espoir. Dans cette salle d’attente, nous avons fait une interview, j’ai demandé à ma fille ce qu’elle avait à dire au monde du haut de ces 40 de fièvre ne sachant pas de quel côté du fil elle allait pencher. Nous avons beaucoup ri et la seule chose que j’ai demandé au « Seigneur » à ce moment-là, c’est que ce qui est juste, soit ! Elle avait une angine à streptocoques.

Au plus haut du pic de ces moments de vertige, de déchirure, de brûlure, d’étourdissement, de néant, il y a cet instant sans issue qui a une saveur de science-fiction, puis ça passe, parce que presque tout finit par passer.

 

Photo © Philippe Pache

1 comment


  1. Clément

    Wow, Blandine, tu transmets des paroles pleines d’espérance dans le non espoir 😊 C’EST MAGIQUE

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